—Ne jurerait-on pas, disait à Raymond M. de Boursonne, que la bande noire a passé ici! La bande noire!... Parbleu! c'est cette chère duchesse. Ne pouvant emporter le château, elle en a, du moins, emporté les meubles, les antiques bahuts, les vieilles consoles, les tapisseries curieuses, les horloges précieusement travaillées, tous ces trésors artistiques dont les grandes familles se font honneur et qui se transmettent de génération en génération.
Cependant, le vieil ingénieur et Raymond étaient sans doute les seuls à faire ces affligeantes observations.
Le bal arrivait au moment de son plus vif éclat.
Aux gais refrains de deux orchestres, dansaient, avec l'entrain de simples paysannes, les plus jolies, les plus riches et les plus nobles héritières de l'Anjou.
Le visage, même, se déridait, des douairières qui faisaient tapisserie en robe de satin ou de velours, audacieusement décolletées et la tête chargée de plumes ou de diamants.
A toutes les portes et dans l'embrasure des fenêtres, les hommes graves, cravatés de blanc, se serraient en groupes compacts.
Plus loin, dans deux petits salons ouvrant sur la galerie, on entendait l'or rouler sur les tapis verts et s'échanger les paroles sacramentelles: «Je passe!...—A vous la main!...—Je marque le point!...»
Sans relâche, les valets se succédaient, portant des plateaux chargés de glaces, de bonbons exquis et de coupes de champagne.
—Avec tout cela, disait Raymond à M. de Boursonne, nous sommes ici comme deux intrus. Nous n'avons seulement pas salué la duchesse. Comment ne redescend-elle pas? où donc est-elle?...
C'était en ce moment la préoccupation de bon nombre d'invités; il n'y avait pour s'en assurer qu'à prêter l'oreille.