Et qui était-il, lui, Raymond Delorge, pour oser aspirer à la main de cette jeune fille si belle, si noble et si riche?...

Un obscur bourgeois, un pauvre petit ingénieur des ponts et chaussées, sans autre avoir que les maigres émoluments de sa place.

Et ce n'était pas tout.

N'avait-il pas, de même que Mlle Simone, une tâche à remplir, et bien autrement impérieuse et sacrée? Sa vie n'était-elle pas vouée à une œuvre de justice et de vengeance, et d'avance sacrifiée?...

Que dirait sa mère, si elle venait à apprendre son amour, ses espérances, ses projets?

Il lui semblait la voir se dresser en pied, austère comme le devoir, rude comme la vérité, terrible comme le remords.

—Honte sur vous, lui disait-elle, qui pouvez oublier votre père assassiné!... Honte sur vous, dont le lâche cœur peut espérer le bonheur alors que les assassins triomphent, alors que Maumussy et Combelaine sont encore impunis!...

Et, comme pour exaspérer la douleur de Raymond, sa conscience ne lui montrait autour de lui que des exemples d'une indomptable ténacité.

Sa mère, d'abord, Mme Cornevin, qui, après avoir eu cette énergie d'élever cinq enfants, avait eu cette constance de se faire une éducation à la hauteur de ses espérances. Et Léon Cornevin, dont on avait brisé la carrière, mais non l'indomptable volonté. Et Jean encore, qui, en ce moment même, ayant tout abandonné, patrie, amis, famille, s'obstinait à la recherche de son père, à la poursuite de cette lettre décisive que le général Delorge mourant avait dû confier à l'unique témoin du crime, au loyal et malheureux Laurent Cornevin.

Il n'était pas jusqu'à Me Roberjot, jusqu'au timide bonhomme Ducoudray dont la conduite ne fût pour Raymond un cruel reproche.