—Eh bien! oui, c'est vrai, se disait-il avec une sorte de rage, oui, ce que je fais est indigne; mais je l'aime, ma raison se trouble, ma volonté m'échappe, je ne m'appartiens plus, je ne suis plus moi... je l'aime!...

Mais l'excès même de son exaltation devait le ramener vite à une plus saine appréciation de la réalité. Comprenant que, s'il restait plus longtemps dans sa chambre, M. de Boursonne l'y viendrait relancer, il se hâta de s'habiller et de descendre.

Dans la grande salle du Soleil levant, le vieil ingénieur—pour employer encore une de ses expressions—tenait ses assises hebdomadaires.

C'était sa coutume, depuis qu'il avait établi son quartier général aux Rosiers.

Tous les dimanches, à l'issue de la grand'messe, il envoyait maître Béru lui racoler tout ce qu'il rencontrait sur la place de l'Église de paysans des environs.

Et il passait son après-midi à les questionner, avec un art et une patience admirables, essayant de tirer d'eux les indications qu'il supposait devoir servir l'immense travail dont il avait la direction.

Il était en train d'écouter un des adjoints de Saint-Mathurin, lequel avait eu ses meilleures terres ensablées, c'est-à-dire stérilisées pour des années, à l'inondation de 1866, lorsqu'il aperçut Raymond qui traversait le vestibule pour se rendre à la salle à manger.

Aussitôt, il abandonna son adjoint et les sept ou huit paysans qui l'entouraient, et s'élançant après son jeune ami:

—Vous voilà donc, maître paresseux! s'écria-t-il... Savez-vous qu'il y a plus d'une heure que j'ai déjeuné?...

Mais si mauvaise que fût sa vue, il distingua l'altération des traits de Raymond, et surpris et changeant de ton: