Plus que toute autre, à la fête de Maillefert, Mlle Simone avait été l'objet de l'attention tracassière des invités.
On avait remarqué et noté qu'après avoir résisté aux instances de plusieurs danseurs, elle avait accepté presque sans se faire prier l'invitation de Raymond. On avait étudié le jeu de sa physionomie, guetté l'expression de ses yeux. Enfin, le mécontentement de la duchesse n'avait échappé à personne. Et de tous ces indices, soigneusement recueillis, les gens tiraient les conclusions les plus diverses selon qu'ils étaient des amis ou des ennemis des Maillefert.
Encore bien que Raymond ne reconnût guère l'esprit du pays, il avait comme une vague intuition de ce qui se passait, et il s'en irritait. Il se disait que tous ces commérages seraient pour la duchesse une raison de lui fermer plus sévèrement sa porte.
C'était aussi l'avis de M. de Boursonne.
—Très certainement, ajoutait-il, Mme de Maillefert n'ignorera pas ces cancans, votre ami Bizet est pour cela un trop dur semeur de nouvelles.
Les poings de Raymond se crispaient.
—Ah! ce Bizet, grondait-il, si je le tenais encore au bout de mon épée... je le clouerais contre un arbre.
Le vieil ingénieur fronçait ses sourcils.
—Et vous auriez tort, prononça-t-il. Votre excellent ami Bizet n'est qu'un sot, et comme en ce bas monde les sots sont en majorité, il ne faut pas songer à les exterminer. Occupons-nous plutôt de trouver un expédient pour faire notre paix avec le château.
Mais ils n'en trouvèrent aucun, de toute la soirée qu'ils passèrent à fumer, les pieds sur les chenets. Et la nuit, la conseillère divine, ne leur envoya aucune inspiration.