Car il sentait bien chez Raymond une ferme résolution de garder ses secrets.
Seulement, il n'était pas une de ses phrases qui ne fût combinée de façon à amener son «jeune ami» à se découvrir.
Et lorsque, par exemple, il se mit à parler de l'achèvement prochain de ses études entre Tours et les Ponts-de-Cé, c'était pour arriver à dire qu'il faudrait bientôt quitter les Rosiers et aller planter plus loin, dans quelque village de la Loire-Inférieure, le quartier général.
Mais au lieu de la tristesse qu'il s'attendait à voir assombrir le visage de Raymond, à cette perspective d'un départ prochain, il n'y lut que de la joie.
—Ah! que ne partons-nous demain! s'écria le pauvre garçon, d'un accent dont il n'y avait pas à suspecter la sincérité.
Et c'était bien le cri de son âme. Entre Mlle Simone et lui, il eût voulu des obstacles matériels, l'Océan, de ces distances qu'on ne saurait franchir et qui annihilent le danger d'un moment de faiblesse.
—C'est, sacrebleu! à n'y rien comprendre, pensait M. de Boursonne.
Ce n'était pas, il faut le dire, une curiosité banale qui inspirait au vieil ingénieur ce grand désir de pénétrer le secret de Raymond.
Il le connaissait si inexpérimenté de la vie, si loyal et pour cela si disposé à croire à la loyauté des autres, qu'il voyait en lui une de ces dupes privilégiées de tous les intrigants, un de ces naïfs qui tombent dans tous les pièges qu'on tend à leur candide honnêteté.
—Tandis que s'il se confiait à moi, pensait le bonhomme, s'il se laissait guider par mon expérience comme un aveugle par son chien, il se tirerait de toutes les intrigues. Mais va-t'en voir, s'ils viennent!... Mon orgueilleux se couperait la langue avant de rien dire à son vieux chef.