Cette idée l'agaçait si fort qu'il déjeuna en moins de rien, qu'il se brûla le palais en avalant son café, et qu'il se trouva prêt avant l'arrivée de ses piqueurs.

C'est donc avec tous les indices d'une humeur massacrante que, ayant allumé sa pipe, il alla s'asseoir sur un des bancs de pierre qui décoraient la façade du Soleil levant, à côté de maîtresse Béru, laquelle, les mains croisées sur son large abdomen, humait la brise tiède d'un des derniers beaux jours.

—Positivement, disait-il à Raymond qui l'avait suivi, je suis trop facile et trop bon, nos hommes en abusent. Voilà que c'est moi, maintenant, qui suis à leurs ordres...

—D'ordinaire, monsieur, hasarda Raymond, nous ne sommes pas prêts si tôt...

—C'est-à-dire que je radote, n'est-ce pas? C'est possible. Seulement, comme je suis le maître, il faudra m'obéir tout de même. Et, à partir de demain, tout le monde devra être ici à m'attendre dès huit heures du matin!...

De temps à autre, M. de Boursonne rendait comme cela des décrets terribles, bientôt abrogés par la très réelle bonté que dissimulait son caractère bourru.

Et il ruminait à l'adresse des délinquants une apostrophe comminatoire, lorsque parut au bout de la grande rue, arrivant au trot allongé d'un magnifique cheval, un domestique à la livrée de Maillefert.

Il n'en fallait pas plus pour dissiper les humeurs noires du bonhomme.

—Gageons, dit-il à Raymond, que c'est à nous qu'en veut ce superbe gaillard à bottes à revers.

Il ne se trompait pas.