Raymond comprit qu'il devait répondre, qu'il lui fallait, sous peine de se faire une ennemie implacable, trouver une explication plausible.

Et la nécessité l'inspirant:

—Madame, répondit-il, je jouais l'autre soir pour la première fois de ma vie. Lorsque j'ai reçu votre lettre, j'ai été saisi de peur en songeant que j'aurais pu perdre ce que j'avais gagné. Que serait-il advenu, en ce cas? Je suis un pauvre diable d'ingénieur des ponts et chaussées, et quatorze cents francs représentent quatre mois de mes émoluments. J'ai tremblé que cet argent, si facilement et si rapidement acquis, ne m'inspirât la fatale passion du jeu. Et si je l'ai donné aux pauvres, c'est pour avoir le droit de ne plus toucher une carte sans être accusé d'être retenu par la crainte de perdre mon gain.

Peu à peu, à mesure que Raymond cherchait les mots de cette explication un peu diffuse peut-être, mais plausible, les traits de la jeune femme reprenaient leur expression de placidité habituelle.

—C'est vrai, cela? demanda-t-elle.

—Quel intérêt aurais-je à mentir?

Elle sourit, au lieu de répondre, et comme le pianiste inspiré jouait les dernières mesures de la valse, elle prit le bras de Raymond pour regagner la causeuse où elle était assise quand il était venu l'inviter. Lui se croyait quitte, et déjà songeait à manœuvrer de façon à se rapprocher de Mlle Simone.

Mais la duchesse avait entamé une conversation qui ne lui permettait pas de s'éloigner sans une grossière inconvenance.

Prenant texte de ce qu'il lui avait dit qu'il n'était qu'un pauvre diable d'ingénieur, Mme de Maumussy s'informait de ses affaires avec une sollicitude amicale.

Depuis combien de temps était-il sorti de l'école? Quels postes avait-il occupés? Estimait-il que sa situation actuelle fût en rapport avec son mérite?...