Ce ne pouvait être pour le platonique plaisir de voyager de compagnie qu'ils avaient abandonné Paris, leurs affaires, leurs intérêts.
Loin d'être si intimes que cela, M. de Maumussy et le comte de Combelaine se détestaient cordialement et ne restaient liés que par leur complicité passée. M. Verdale, de son côté, avait eu trop souvent à leur refuser de l'argent à l'un et à l'autre, pour rechercher bien avidement leur société.
Donc, il fallait de toute nécessité qu'il y eût quelque intrigue sous roche, et que leur présence se liât à quelque combinaison nouvelle imaginée par Mme de Maillefert pour s'emparer de la fortune de sa fille.
Ce qui préoccupait encore M. de Boursonne, c'était la mollesse de M. de Maumussy à repousser les terribles accusations que Raymond lui avait jetées à la face. Et de fait, cette débonnaireté soudaine d'un homme dont l'audace et la violence étaient proverbiales devait étonner.
[Illustration:—Vous l'avez dit à Mme de Larchère.]
—Évidemment, disait le vieil ingénieur, il a eu l'idée, l'espérance peut-être d'une réconciliation... Donc, il a de vous craindre des raisons que vous ignorez...
—N'est-ce pas plutôt, objecta Raymond, qu'il sent l'empire moins solide qu'autrefois?
Ils pouvaient avoir raison l'un et l'autre.
Dès le mois de décembre 1869, la dorure de bien des idoles impériales était restée aux mains brutalement hardies de Henri Rochefort. Le duc de Maumussy et le comte de Combelaine avaient eu leur page dans la Lanterne, une page terrible qui ne précisait rien, mais dont chaque phrase était une accusation et chaque mot une menace.
M. de Combelaine avait voulu envoyer des témoins à Rochefort, et on avait eu toutes les peines du monde à l'en empêcher. M. de Maumussy, au contraire, avait affecté de rire beaucoup du «horion», sentant la nécessité de se tenir coi, et combien il serait imprudent de faire parler de soi.