D'un autre côté, les points noirs signalés à l'horizon par l'empereur, en un discours célèbre, étaient devenus de terribles nuages où grondait la foudre.
Une fois encore, le gouvernement se trouvait acculé à la nécessité périodique «de faire quelque chose». Mais quoi?
Les uns auraient voulu un nouveau coup d'État, espérant reprendre en un seul coup, rrrrrran! toutes les libertés concédées en dix-sept ans de luttes.
Les autres, au contraire, voulaient qu'on «couronnât l'édifice», espérant que cet édifice du Second Empire, fondé sur les pavés sanglants du 2 Décembre, serait assez solide pour supporter le couronnement: la liberté.
Ainsi, après leur repas du soir, réfléchissaient M. de Boursonne et son jeune camarade, assis devant un feu bien clair, lorsque le facteur parut dans la salle à manger, apportant une lettre à l'adresse de M. Delorge.
Elle était de Jean Cornevin, datée d'Australie, de Melbourne, et transmise comme les précédentes par l'obligeant Me Roberjot.
—Allons, murmura Raymond, il est dit qu'aujourd'hui aucune émotion ne me sera épargnée...
Mais déjà le vieil ingénieur s'était emparé de la lettre.
—Vous permettez, n'est-ce pas?... dit-il.
Et sans attendre la réponse de Raymond, d'une main fébrile il déchira l'enveloppe, et se mit à lire tout haut, non sans ponctuer chaque paragraphe de mouvements de tête et de grimaces de satisfaction: