«—Alors, reprit-il, c'est vous qui êtes le peintre?

«—Comment! vous savez cela! monsieur?...

«—Certainement, me répondit-il, de même que je sais que votre frère aîné, Léon, ancien élève de l'École polytechnique, est ingénieur, de même que je sais que votre brave et digne mère a son établissement de modes et de confections rue de la Chaussée-d'Antin, de même que je sais que vos trois sœurs, qui sont de charmantes jeunes filles, s'appellent Clarisse, Eulalie et Louise.

«Et bien vite, pour me prouver combien exactement il était informé de tout ce qui nous concernait, il se mit à me parler de la noble et courageuse veuve du général Delorge, de Raymond, de l'excellent M. Ducoudray, de Me Roberjot...

«Moi, mes amis, pendant ce temps, je me tâtais pour m'assurer que j'étais bien et dûment éveillé.

«—Vous vous demandez, reprit M. Pécheira, comment je vous connais tous si bien. Eh! mon Dieu! comment ne connaîtrait-on pas la famille de l'homme avec lequel on a vécu des années comme un frère, partageant tout, dangers, privations, espérances, succès, lorsque cet homme, comme votre père, ne vit que pour sa famille?

«J'étais confondu.

«—Monsieur, dis-je, lorsque notre père nous a été enlevé, ma mère était dans une profonde détresse; nous étions cinq enfants, dont l'aîné n'avait pas dix ans.

«M. Pécheira m'interrompit.

«—Je sais cela, me dit-il, et cette idée a failli rendre votre père fou pendant les deux années qu'il est resté sans nouvelles de vous, sans un mot de réponse aux lettres qu'il ne cessait d'adresser à votre mère...