«—Hélas! jamais nous n'en avons reçu une seule...
«—C'est bien ce que pensait Laurent; aussi, dès qu'il le put, prit-il le seul moyen qu'il y eût de savoir ce que vous étiez devenus. Il le sut. Il sut qu'une main providentielle s'était étendue vers vous, et que la veuve du général Delorge vous avait tous sauvés... Aussi, fallait-il l'entendre parler de Mme Delorge: «Tout ce que j'ai de sang dans les veines, m'a-t-il dit souvent, lui appartient.» Et depuis, jamais il ne vous a perdus de vue. Jour par jour, pour ainsi dire, il était informé de ce que vous faisiez. Nous étions séparés, à cette époque, mais il ne se passait guère de fois sans qu'il vînt me rendre visite. «Ma femme gagne de l'argent, me disait-il en se frottant les mains, son commerce prospère, le bon Dieu bénit son travail.» Une autre fois il me disait: «Je suis très content, mon fils Léon vient d'être reçu à l'École polytechnique.» Ou encore: «Décidément, mon fils Jean a du talent, il vient d'exposer un tableau qui obtient un très grand succès.» Vous étiez son unique préoccupation et, tout à l'heure, je vous montrerai vos portraits à tous, qu'il m'a donnés, et aussi le portrait de Mme Delorge et celui de son fils, et celui de M. Ducoudray. Et, enfin, dans mon salon, je vous ferai voir de votre peinture, monsieur Jean; car ce paysage qui avait tant de succès à l'exposition, c'est votre père qui l'a acheté...»
Si grande qu'eût été la stupeur de Jean Cornevin, elle était de beaucoup dépassée par celle de Raymond.
Lui aussi, il se demandait s'il était bien éveillé. Mais c'est en vain qu'à plusieurs reprises il avait essayé une observation.
Sérieusement empoigné, M. de Boursonne ne se laissait pas interrompre, et il lisait, il lisait, avec la hâte d'un homme qui court à un dénoûment qu'il lui semble avoir entrevu:
«Ce qui passait mon intelligence, disait la lettre de Jean Cornevin, c'était surtout ceci:
«Mon père ayant fini par avoir de nos nouvelles, comment n'avions-nous pas eu des siennes! Comment, nous aimant de cette grande affection que dépeignait si bien M. Pécheira, n'avait-il pas cherché à nous revoir?...
«Toutes ces questions, M. Pécheira dut les lire dans mes yeux.
«—Nous avons à causer, me dit-il, et longuement... Malheureusement je suis pris pour plusieurs heures encore. Retournez donc à votre hôtel, et donnez-y des ordres pour qu'on apporte ici vos bagages.
«Je voulais m'excuser: