«—Oh! pas de cérémonies inutiles, me dit-il. A Melbourne, le fils de Laurent Cornevin ne peut pas demeurer ailleurs que chez moi. Ma maison est la vôtre, entendez-vous? Donc faites ce que je vous dis, et hâtez-vous; à onze heures j'aurai expédié toutes mes affaires et nous nous mettrons à table.
«Il était neuf heures, à ce moment.
«A dix heures, j'avais réglé mes comptes à mon hôtel, mon déménagement était terminé, et j'étais installé chez M. Pécheira, dans la plus confortable des chambres.
«A l'heure dite, nous nous mettions à table, et après un déjeuner lestement expédié, les valets congédiés et les portes closes:
«—Maintenant, me dit mon hôte, je vais vous raconter ce que je sais:
«Mon père a dû vous expliquer comment le vôtre, après son étonnante évasion, nous est arrivé à Talcahuana, sous le nom de Boutin.
«Son dénûment était extrême; c'est à peine s'il était vêtu, il mourait de faim, et c'est comme on demande une aumône qu'il demandait du travail.
«En ayant trouvé chez nous, il y resta, et je puis vous affirmer que, de ma vie, je n'ai rencontré un pareil travailleur, si obstiné, si infatigable.
«Retourner en France était alors son unique pensée et la préoccupation de tous ses instants. C'est pour pouvoir retourner en France qu'il travaillait avec cet acharnement, âpre au gain comme à la besogne, se privant de tout, même des choses les plus essentielles, plutôt que de diminuer, ne fût-ce que de quelques centimes, son petit pécule.
«Mais on gagne peu, à Talcahuana; on y est à bien des milliers de lieues de la France, et les occasions y sont rares.