«Jamais, disait ce pauvre Laurent, je n'amasserai assez pour payer mon passage.

«Le désespoir le gagnait, et il songeait, il me l'a avoué depuis, à mettre fin à une existence qui lui devenait insupportable, lorsqu'il m'entendit parler de partir pour l'Australie, où, disaient les journaux de Valparaiso, rien qu'en grattant le sol, on trouvait des pépites d'or plus grosses que le poing.

«Cette idée de partir pour l'Australie, il y avait longtemps que je la ruminais, mais le père Pécheira m'avait toujours empêché de la mettre à exécution.

«Il se défiait considérablement des récits merveilleux qui circulaient, disant que la fortune est partout, et que c'est folie que de courir la chercher si loin.

«Mais quand une fois je me suis mis quelque chose dans la tête, le diable ne l'en ferait pas sortir, le père Pécheira le savait bien.

«Comprenant que, s'il s'obstinait à me refuser son consentement, je finirais par m'en passer:

«—Pars donc, me dit-il, puisque tu ne peux plus vivre près de moi.

«Cinq minutes après, Laurent Cornevin venait me trouver, et me conjurait de le prendre avec moi, à n'importe quelles conditions, et pour n'importe quelle besogne. Je ne me fis pas prier longtemps.

«—Soit! dis-je à Laurent, je vous emmène...

«C'est comme cela que le lundi suivant, après être allés entendre la messe à Notre-Dame des Mines, nous quittâmes Talcahuana. Nous partions dans d'assez tristes conditions.