«C'est donc avec un extrême empressement que je me procurai les journaux français, qui, selon mes calculs, correspondaient avec l'arrivée de Laurent Cornevin à Paris. Je n'y trouvai rien.

«J'en fus surpris d'abord, puis inquiet.

«Je savais que le Moravian avait fait une traversée des plus rapides et des plus heureuses, que pas un de ses passagers n'était mort en route, et que par conséquent Laurent devait être en France.

«Lui était-il donc arrivé malheur?

«Sachant que les gens auxquels il allait s'attaquer étaient riches, puissants, mêlés aux intrigues du gouvernement, je me disais:

«—Mon Laurent aura commis quelque grosse imprudence, il se sera fait reprendre, et peut-être à cette heure est-il de nouveau en route pour l'île du Diable, avec de telles recommandations que certainement il ne s'en échappera pas.

«Je ne puis dire que je l'oubliais, on n'oublie jamais les compagnons de misère, mais, les mois succédant aux mois, je pensais moins souvent à lui.

«Et il y avait près d'un an qu'il était parti, quand tout à coup, un matin, je le vis entrer chez moi. Quel étonnement!

«—Comment! m'écriai-je, toi, Laurent, ici?

«—Moi-même! me répondit-il.