«J'avais des moyens de me dissimuler, je les employai.

«On n'est pas resté comme moi plus d'un an au milieu de condamnés politiques, sans avoir reçu beaucoup de leurs confidences, sans être initié aux ressorts de leurs associations secrètes, sans connaître leurs points de réunion, les chefs et les signes mystérieux de reconnaissance.

«Arrivé à Paris à dix heures du soir, j'avais, à onze heures, retrouvé un ancien compagnon de la Guyane, lequel m'offrait l'hospitalité dans sa maison, et mettait à mon service ses amis et ses moyens d'action.

«Dès l'aube du lendemain, le cœur serré d'une inexprimable angoisse, je me mettais en quête de ma femme et de mes enfants.

«Tâche douloureuse, ami Pécheira, ingrate et difficile, que de rechercher de pauvres gens au milieu de ce Paris.

«Si, du moins, il m'eût été permis d'agir ouvertement! Mais non. J'en étais réduit à me cacher, à dissimuler mes investigations.

«Mes ennemis étaient plus puissants que jamais, et je sentais que, si mon existence venait à être révélée, c'en serait fait de moi.

«Heureusement, j'étais méconnaissable.

«Le temps, les privations, la misère et les chagrins avaient fait leur œuvre. Jeune homme, j'avais quitté Paris, j'y revenais vieillard. Et n'en eût-il pas été ainsi, qu'il eût suffi pour me déguiser complètement des vêtements nouveaux que j'avais adoptés, et de ma barbe que j'avais laissée pousser entière pendant la traversée.

«C'est à la maison que j'habitais lors de mon arrestation que je me rendis tout d'abord.