«Le temps était fini de la fièvre chaude de l'or, des émotions délirantes et des coups de pioche merveilleux.

«Passés et repassés au tamis, grattés, fouillés, lavés, les sables de la surface avaient donné toutes leurs richesses.

«C'était aux entrailles même de la terre, à des centaines de pieds de profondeur qu'il fallait aller arracher l'or.

«La civilisation s'était emparée des mines.

«Des compagnies s'étaient formées, des associations établies, qui, disposant de capitaux importants, de machines, d'outils, avaient stérilisé les efforts individuels.

«Chercher de l'or était devenu un métier comme un autre, plus pénible et moins lucratif qu'un autre, même; car tandis qu'à Melbourne un charpentier ou un forgeron gagnait couramment ses vingt ou vingt-cinq francs par jour, un mineur n'était plus payé que onze francs trente centimes pour un travail de huit heures.

«C'était à la Bourse que s'était réfugié le jeu avec ses émotions, ses fièvres, ses faveurs soudaines et ses retours inattendus.

«C'est à la Bourse que du jour au lendemain on pouvait s'enrichir ou se ruiner, à acheter et à vendre des actions des deux cents compagnies qui exploitaient les mines et qui, selon que la compagnie avait creusé des puits inutiles ou rencontré un bon filon, haussaient ou baissaient de mille à deux mille dollars en cinq minutes.

«C'est même à ces spéculations que j'avais en moins d'un mois quintuplé le capital qui m'était échu lors de mon partage avec Laurent.

«Ensuite de quoi, effrayé de ma chance, et craignant de reperdre en un jour ce que j'avais gagné en trente, je m'étais mis à acheter de l'or pour l'exportation.