«Voilà ce que j'expliquai à Laurent, et grande fut sa déception.

—Serait-ce donc en vain que je suis revenu! me dit-il.

«Mais à côté de ses mines, l'Australie possède une autre source de richesses, aussi féconde et intarissable, celle-là: ses prairies immenses, sans bornes, sans fin...

«Déjà les plus intelligents parmi les émigrants avaient abandonné la recherche de l'or pour l'élevage des bestiaux, pressentant peut-être qu'en moins de dix années l'exportation des laines et des cuirs de l'Australie dépasserait deux cents millions de francs par an.

«—Voilà ton lot, dis-je à Laurent Cornevin. Il me crut.

«Joignant aux dix mille francs qu'il possédait vingt mille francs que je lui prêtai, il obtint du gouvernement la concession d'un «run», c'est-à-dire d'une immense étendue de prairies, sur les bords du Murray, il acheta des moutons et se mit à l'œuvre.

«Œuvre difficile, assurément, et qui exige de celui qui l'entreprend une santé de fer, une invincible énergie, une patience sans bornes, et de rares qualités de prévoyance et d'observation.

«Laurent avait tout cela, et de plus une solide expérience des animaux, qu'il devait à son premier métier.

«Son «run» prospéra. Des spéculations qu'il fit, pour fournir de viande sur pied les grands centres de mines, réussirent à souhait.

«Bref, dès la fin de la première année, il m'avait rendu mes vingt mille francs, et, quatre ans plus tard, il possédait, à ma connaissance, un demi-million.