«Il était donc évident qu'il réaliserait la première partie de son programme, qui était: faire fortune.

«Pour réaliser la seconde, pour acquérir l'instruction qui lui manquait, et devenir un gentleman, voilà ce qu'il avait imaginé.

«Parmi tous les déclassés, attirés en Australie par la découverte de l'or, il s'était mis à chercher un homme appartenant à une grande famille, et instruit.

«Et l'ayant trouvé, il en avait fait son inséparable compagnon.

«C'était un Français d'une quarantaine d'années, que l'inconduite de sa femme avait chassé de son pays, et qui mourait littéralement de misère et de faim quand Laurent le rencontra, et lui offrit, outre la table et le logement, cinquante dollars par mois.

«Jamais ils ne se quittaient, et plus d'une fois j'ai ri devoir Laurent escorté de cet inévitable précepteur, qui toujours et en toute occasion professait, disant: On ne fait pas ceci, on ne dit pas cela... on fait ceci, on dit cela... Prenez garde! vous venez encore de jurer.

«C'était singulier, en effet, presque ridicule.

«Mais insensiblement Laurent se pénétrait des façons, des habitudes, du savoir de l'autre. Son ignorance se dissipait, sa cervelle se meublait, ses mœurs s'adoucissaient. Il apprenait à se tenir, à raisonner, à s'exprimer.

«Séparé de Laurent qui vivait sur son «run», à plus de cent lieues dans l'intérieur, pendant que mes affaires me retenaient à Melbourne, j'étais bien plus frappé de sa transformation que si nous eussions demeuré porte à porte.

«A chacune de ses visites, je constatais un progrès positif.