—C'est-à-dire vous exposer à compromettre cet homme si grand et si bon, cet héroïque confident des volontés de votre père! C'est-à-dire risquer de lui faire perdre en une minute le fruit de dix années de travail et de patience...

—Pourquoi donc Jean nous adjure-t-il de poursuivre son œuvre?

—Parce que Jean est absent depuis bien des mois, qu'il est en Australie, à six mille lieues de Paris, qu'il ne sait pas combien le dénouement est proche.

Raymond s'était levé et se promenait par la chambre, en proie à la plus violente agitation.

—Le dénouement, disait-il, le dénouement.... Voici des années qu'on me le promet, qu'on me jure que l'heure va sonner, et que niaisement je reste à l'affût d'une vengeance qui ne vient jamais.

Le visage de M. de Boursonne s'assombrissait.

—Ainsi donc, fit-il, c'est uniquement la soif de vengeance, le désir de punir les meurtriers de votre père, qui vous presse de retrouver Laurent Cornevin?

—Oui.

—C'est que je m'imaginais, moi, que Mlle de Maillefert était pour quelque chose dans votre emportement!... C'est que je me figure encore que votre hâte d'en finir avec le passé n'est que l'espoir de voir dénouée par Laurent Cornevin une situation qui vous paraît insoluble.

Raymond était devenu fort rouge.