—Cependant, ajouta-t-elle, si réellement vous le croyez utile... restez.
Mais miss Lydia Dodge avait réfléchi, elle aussi, et coupant court aux actions de grâce de Raymond:
—Peut-être, commença-t-elle, est-il un moyen de tout concilier. Un peu de prudence ne gâte jamais rien. M. Delorge pourrait s'éloigner en apparence, et rester en réalité. Il s'établirait dans quelque ferme des environs, sous un nom supposé, et le soir, couvert de vêtements d'emprunt...
Un flot de pourpre inondait le beau visage de Mlle Simone.
—Nous cacher, interrompit-elle, ruser, mentir... jamais! Ce n'est par la fourberie qu'on sort d'une situation fausse. De ce qui est un malheur, ne faisons pas une honte. Si Raymond doit rester, que ce soit ouvertement et en avouant hautement que c'est pour moi qu'il reste. Ma réputation en souffrira, mais moins que de cachotteries indignes. Et c'est à Raymond, seul, que je dois compte de ma réputation, car si je ne suis pas sa femme, je ne me marierai jamais.
Personne jamais ne se vit si interdit que le fut miss Lydia Dodge de la soudaine véhémence de Mlle de Maillefert.
Cette façon d'envisager la situation déroutait absolument ce qu'elle appelait fastueusement ses idées.
C'est qu'avec sa tournure exotique, son grand corps osseux, ses lèvres pincées sur de longues dents jaunes, son teint blême, son nez rouge et ses yeux ronds, cette brave et honnête gouvernante anglaise possédait, pour son malheur, une âme sensible et la plus romanesque des imaginations.
Septième fille d'un pauvre ministre protestant des environs de Londres, aussi disgraciée par la fortune que par la nature, miss Lydia n'en avait pas moins passé sa jeunesse à attendre,—comme les princesses des contes de fées—le héros jeune et beau qui devait réaliser ses rêves.
Il ne s'était pas présenté, ce héros.