Le bruit courait aussi du mariage de M. de Combelaine et de Mme Flora Misri. C'était bien la vingtième fois qu'on le faisait courir, mais cette fois, d'après M. Ducoudray, la nouvelle était positive.
Et à la suite de tous ces cancans, venaient des détails sur Tropmann, l'assassin sinistre, la bête fauve à face humaine, dont le procès avait commencé la veille...
Pour Raymond, tombant comme des nues à Paris après une longue absence, après s'être si complètement désintéressé de tout ce qui n'était pas son amour que depuis deux mois il n'avait pas ouvert un journal, il n'était pas une phrase de M. Ducoudray qui ne présentât un intérêt immédiat et positif.
Ce n'était, il est vrai, qu'un écho des cancans du boulevard, mais ces cancans résumaient la situation, devant l'opinion, de la princesse d'Eljonsen, du duc de Maumussy et du comte de Combelaine, c'est-à-dire des gens auxquels il brûlait de s'attaquer...
Mais son désarroi était bien trop grand pour qu'il fût frappé de ces considérations.
Non seulement il n'écoutait pas, mais il lui fallait un effort de volonté pour paraître prêter attention.
Il était assis entre sa mère et sa sœur, et c'était miracle que Mme Delorge ne remarquât pas qu'il ne mangeait rien et que ce n'était que par contenance qu'il remuait sa fourchette et son couteau.
Tout ce qu'elle observa ce fut que son front était fort pâle.
—Tu es souffrant, Raymond? demanda-t-elle.
Il protesta que de sa vie il ne s'était si bien porté, et comme enfin le déjeuner était achevé, il se leva en disant qu'il allait s'habiller pour se rendre chez Me Roberjot.