—J'avoue n'en pas avoir lu un depuis deux mois.

Me Roberjot levait les bras au ciel comme s'il eût entendu un blasphème.

—C'est donc cela! fit-il. Alors, écoutez...

Et tout de suite il se mit à expliquer lesdits événements.

Ils étaient de la plus haute gravité.

La veille même avait paru, au Journal officiel, une note ainsi conçue:

«Les ministres ont remis leurs démissions à l'empereur, qui les a acceptées. Ils restent chargés de l'expédition des affaires de leurs départements respectifs jusqu'à la nomination de leurs successeurs.»

A la suite de cette note, venait une lettre de l'empereur qui, «s'adressant avec confiance au patriotisme» de M. Émile Ollivier, le chargeait de former un cabinet.

Me Roberjot était radieux, riant d'un rire sonore qui soulevait par saccades sa large bedaine.

—Et voilà, concluait-il, voilà Émile Ollivier chargé de sauver la dynastie menacée. Croit-il réussir? n'en doutez pas, il le garantirait sur sa tête. Seulement il faudrait d'autres épaules que les siennes pour étayer un édifice qui craque de toutes parts... Il va promettre monts et merveilles, on lui fera crédit d'un mois, de deux, de six, si vous voulez, mais après?... Rappelez-vous ce que je vous dis aujourd'hui 29 décembre 1869: le cabinet Ollivier est le dernier cabinet du second empire...