—Qui sait!... répondait la voix des espérances obstinées, cette voix dont les plus rudes épreuves ne sauraient étouffer le murmure. Peut-être au moment où tu passeras, verras-tu le coin d'un rideau se soulever et le visage de Mlle Simone apparaître.

C'est rue de Grenelle-Saint-Germain, à deux pas de la rue de la Chaise, qu'est situé l'hôtel de Maillefert.

Le large perron déroule ses six marches sur une cour pavée, plus froide que le préau d'une prison cellulaire.

Autour de la cour sont les communs, les remises et les écuries.

Le pavillon du concierge est sur le devant, et ses dimensions exagérées disent qu'il date de ce bon temps où les plus grands seigneurs autorisaient leur suisse à «vendre vin» et à tenir, à l'enseigne de leur nom, une sorte de cabaret.

Ce qui fait la splendeur de l'hôtel de Maillefert, c'est son jardin, qui joint les admirables jardins de l'hôtel de Sairmeuse, qui se prolonge jusqu'à la rue de Varennes, et dont les arbres séculaires dominent le toit des maisons voisines.

Les deux battants de la grande porte étaient ouverts quand arriva Raymond, et jamais certes, à voir le mouvement de cette magnifique demeure, on ne se fût douté que celle qui la possédait, la duchesse de Maillefert, ruinée, compromise, assiégée par ses créanciers, en était réduite aux pires expédients pour soutenir son luxe menteur et recourait aux plus abominables intrigues pour s'emparer de la fortune de sa fille.

Dans la cour, trois ou quatre voitures attelées de bêtes de prix attendaient les visiteurs, pendant que les valets, vêtus de longues pelisses fourrées, se vengeaient de leur longue faction en disant du mal de leurs maîtres.

—Voilà, songeait Raymond, le démenti formel des récits de Me Roberjot. Que me disait-il donc, que tout était fini, que tout ce qui tient à l'Empire était ahuri, consterné?...

Un coupé tournant au grand trot de ses deux chevaux le coin de la rue de la Chaise interrompit brusquement ses réflexions. Il n'eut que le temps de se jeter de côté.