Ils perdaient leur éloquence... Paris était pris de la fièvre.

Les rues étaient pleines de monde, les cafés regorgeaient. A tous les coins de rue, des groupes se formaient d'où s'élevait une immense clameur de malédiction. Une agitation sourde remuait les faubourgs, plus menaçante à mesure qu'elle se propageait dans les quartiers excentriques.

Lorsque Raymond rentra, tout bouleversé, déjà Mme Delorge était informée de l'événement, et extraordinairement émue.

—Eh bien!... dit-elle à son fils, le doigt de Dieu n'est-il pas visible? Au moment où l'Empire s'applique à faire oublier ses origines, n'y a-t-il pas quelque chose de fatidique dans la mort de ce malheureux jeune homme, dont le nom, inconnu hier, sera peut-être demain le cri de ralliement d'une révolution?

Mais déjà le prince Pierre était arrêté, et l'instruction était commencée.

Paris le sut par les journaux du matin, qui tous publiaient une note du chef du cabinet du ministère de la justice, M. Adelon.

—A quoi bon?... disait à Raymond Me Roberjot. Où est le juge d'instruction capable d'éclairer de la lumière de la vérité cette sinistre affaire?

Puis hochant la tête d'un air sombre:

—Et maintenant, ajoutait-il, croyez-vous que ce soit vraiment le commencement de la fin?... Et cependant, ce n'est rien encore, vous verrez, vous verrez...

Ce que Raymond vit, ce fut que la Marseillaise parut encadrée de noir, ayant à sa première colonne un article de Rochefort, cri de haine et de colère, qui devait retentir au fond des ateliers les plus reculés.