Elle n’était pas sévère, cependant, ni même trop grave. Souvent les rares amis qu’elle admettait à son intimité se retiraient émerveillés de son esprit.

C’était d’ailleurs une de ces femmes qui n’ont pas d’histoire, qui ont fait leur bonheur de ce que d’autres appellent leur devoir.

Une courte phrase résume sa vie: elle avait aimé, elle s’était dévouée.

Fille d’un modeste employé des finances, elle avait épousé, avec 3,000 francs de dot, un jeune homme pauvre comme elle, mais intelligent et laborieux, qu’elle aimait et qui l’adorait...

Ce jeune homme, en se mariant, s’était juré qu’il ferait fortune, non qu’il tînt à l’argent, grand Dieu!... mais pour parer de toutes les superfluités de luxe son idole, sa femme.

Nul doute que son amour, en décuplant son énergie, n’ait hâté son succès.

Attaché en qualité de chimiste à un grand établissement industriel, il rendit de tels services qu’on ne tarda pas à l’associer pour une large part dans les bénéfices. Son nom est inscrit au catalogue des inventeurs. On lui doit la découverte d’une de ces éblouissantes couleurs qu’on extrait de la houille.

Au bout de dix ans, il était riche, il aimait sa femme comme au premier jour, et il avait un fils, Pascal...

Malheureux homme!... Un jour, en plein bonheur, comme il cherchait une combinaison pour fixer des verts d’une innocuité parfaite, un mortier éclata entre ses mains et lui fit à la tête et à la poitrine d’horribles blessures...

Et quinze jours plus tard, il mourait, calme en apparence, mais l’âme déchirée d’horribles regrets...