—Pauvre mère! murmurait-il, elle en mourra... mais elle mourrait de l’autre chose aussi... Mieux vaut abréger l’agonie.

Ce que Pascal ne pouvait soupçonner, c’est qu’en ce moment suprême, pas un de ses gestes, pas un des tressaillements de son visage n’échappaient à cette mère dont il balbutiait le nom.

Depuis que son fils l’avait quittée pour courir au Palais, la pauvre femme ne vivait plus, écrasée qu’elle était par la certitude de quelque grand malheur.

Quand elle entendit Pascal rentrer et s’enfermer dans son cabinet, ce qu’il ne faisait jamais, un pressentiment sinistre comme un glas de mort traversa son esprit.

Emportée par un mouvement instinctif, elle courut à la porte qui donnait de la chambre dans le cabinet du son fils, et dont les panneaux supérieurs étaient remplacés par des glaces.

Le verre était dépoli en grande partie par des dessins; néanmoins, avec un peu d’application, on distinguait d’une pièce ce qui se passait dans l’autre.

Voyant Pascal s’asseoir à son bureau et se mettre à écrire, Mme Férailleur s’était sentie un peu rassurée, et même elle eut envie de s’éloigner. Un sentiment indéfinissable, plus fort que la volonté et le raisonnement, la cloua à sa place...

Peu d’instants après elle vit un revolver aux mains de son fils, et alors elle comprit. Tout son sang se glaça dans ses veines, et cependant elle eut sur elle-même assez de puissance pour retenir un cri de terreur.

C’est que le danger était extrême, imminent, terrible; elle le sentait...

Son cœur, à défaut de sa raison égarée, lui disait que la vie de son fils dépendait de la plus insignifiante circonstance... Le bruit le plus léger, un mot, un coup frappé à la porte, pouvaient précipiter la fatale résolution de l’infortuné.