Mme Léon avait repris sa place dans son fauteuil, bien douillettement enveloppée dans une chaude couverture, et tout en ayant l’air de lire son livre d’heures, elle observait tous les mouvements de sa «chère demoiselle,» comme s’ils eussent pu lui livrer le secret de ses pensées...
Mlle Marguerite ne soupçonnait pas cet affectueux espionnage. Que lui eût importé, d’ailleurs!... Elle avait roulé une chaise basse près du lit, s’y était assise, et son regard était comme rivé sur M. de Chalusse...
A deux ou trois reprises, en commençant, elle tressaillit, et une fois même elle avait dit à Mme Léon:
—Venez... venez voir.
Il lui avait semblé que l’immobile visage du comte bougeait. Mais c’était une illusion, elle avait été trompée par les reflets que promenait autour de la chambre la flamme capricieuse du foyer...
Et la nuit avançait... La femme de charge, à la longue, s’était fatiguée d’une observation stérile; insensiblement, elle avait baissé le menton, son livre lui avait échappé, et enfin elle s’était mise à ronfler.
Mlle Marguerite ne s’en apercevait même pas, perdue qu’elle était dans une contemplation qui, à force d’être profonde, cessait d’être douloureuse.
Peut-être se disait-elle qu’elle veillait la veillée funèbre de son bonheur, et qu’avec le dernier soupir de ce mourant allaient s’envoler tous ses rêves de jeune fille et ses chères espérances.
Sans doute, aussi, sa pensée s’envolait vers cet autre à qui elle avait promis sa vie, vers Pascal, vers ce malheureux dont, en ce moment même, on volait l’honneur dans un tripot de la «haute vie.»
Cependant, vers cinq heures, l’atmosphère devenait lourde, et la pauvre jeune fille se sentait défaillir... Elle ouvrit une fenêtre pour respirer un peu d’air pur.