Le ton annonçait une volonté si forte que la vieille se résigna, non sans un gros soupir, par exemple, non sans un regard au ciel pour le prendre à témoin de la pureté de ses intentions et de l’inutilité de ses efforts.

—Du moins, chère demoiselle, reprit-elle, couvrez-vous bien... Voulez-vous que j’aille vous chercher votre gros châle de voyage...

—Merci, ma chère Léon... Annette me l’apportera.

—Oui, je vous en prie... Du reste, nous n’allons pas veiller seules, n’est-ce pas? Comment ferions-nous si nous avions besoin de quelque chose?

—Je vais appeler, dit la jeune fille.

C’était inutile. La sortie du docteur Jodon avait brusquement mis fin à la conférence des domestiques, et tous maintenant étaient sur le palier, inquiets, retenant leur haleine, tendant le cou vers la chambre entr’ouverte.

Mlle Marguerite s’avança vers eux.

—Mme Léon et moi resterons près de M. le comte, dit-elle. Annette,—c’était celle de ses femmes qu’elle préférait,—Casimir et un valet de pied passeront la nuit dans le petit salon à côté. Les autres peuvent se retirer.

Ils se retirèrent, en effet. Deux heures sonnaient à l’horloge de Beaujon. Le silence se fit, solennel, terrible: uniquement troublé par le râle du moribond et l’implacable tic tac de la pendule battant les secondes qui lui restaient à vivre.

Nul bruit de Paris n’arrivait en cette demeure princière, isolée entre une vaste cour et un jardin grand comme un parc. Et la paille répandue dans la rue assourdissait le roulement des rares voitures remontant la rue de Courcelles.