Là, seulement, il remarqua un personnage à mine florissante et hilare, qui marchait dans l’ombre du juge de paix, portant sous le bras un gros portefeuille de chagrin noir où on lisait en lettres d’or: Greffe.
Ce personnage était le greffier.
Il paraissait d’ailleurs aussi satisfait de son emploi que de soi, et tout en suivant M. Casimir, il examinait d’un œil d’huissier priseur les splendeurs de l’hôtel de Chalusse, les mosaïques du vestibule, les marbres, les fresques des murailles.
Peut-être supputait-il ce qu’il eût fallu d’années des appointements d’un greffier réunis au maigre traitement d’un juge, pour payer les magnificences de ce seul escalier.
Sur le seuil de la chambre de M. de Chalusse, le magistrat s’arrêta.
Il y avait eu du changement en l’absence de M. Casimir. D’abord le docteur s’était retiré. Ensuite, le lit avait été disposé en lit de parade, et au chevet, sur une table recouverte d’une serviette blanche, des bougies brûlaient dans de grands flambeaux d’argent.
De plus, Mme Léon était montée chez elle, sous l’escorte de deux domestiques, et elle en avait descendu de l’eau bénite dans une coupe de porcelaine, et un rameau desséché. Elle psalmodiait les prières des morts, et de temps à autre s’interrompait pour tremper sa branche de buis dans l’eau et asperger le lit.
Les deux fenêtres avaient été entr’ouvertes malgré le froid, et devant la cheminée, sur le marbre, on avait placé un réchaud plein de braise où un domestique jetait alternativement du vinaigre et du sucre en poudre, dont la fumée montait en épaisses spirales et emplissait la chambre.
A la vue du juge de paix tout le monde s’était levé... Lui, après un assez long examen, se découvrit respectueusement et entra.
—Pourquoi tant de monde ici? demanda-t-il.