Ce qui est sûr, c’est que toutes les actions qui laissent dans la vie des jeunes filles une traînée lumineuse, ne me rappellent à moi que tourments et misères, luttes désespérées, humiliations dévorées avec rage.

J’ai failli ne pas faire ma première communion parce que je ne voulais pas porter une certaine robe dont une «dame bienfaitrice» avait fait cadeau à la communauté, et qui venait, je l’avais entendu dire, d’une petite fille de mon âge, qui était morte de la poitrine...

Mettre cette robe pour m’approcher de la sainte table, me révoltait et m’épouvantait, comme si on m’eût condamnée à me draper dans un suaire...

Et cependant c’était la plus belle de toutes, en mousseline, avec des broderies au bas; elle avait été ardemment convoitée et m’avait été adjugée à titre de récompense...

Et moi, je n’osais avouer les motifs de mon insurmontable répugnance... qui les eût compris!... Je n’étais que trop accusée déjà de délicatesses et de fiertés ridicules dans mon humble position.

Tout cet orage se passa en moi... j’avais douze ans... ou de moi au vieux prêtre qui nous confessait. A lui, j’osai tout avouer, et lui, du moins, vieillard, mais homme, sut me comprendre et ne me fit pas de reproches...

—Vous porterez cette robe, mon enfant, me dit-il, parce qu’il faut que votre orgueil soit brisé. Allez... je ne vous imposerai pas d’autre pénitence.

Et j’obéis, glacée d’une superstitieuse terreur, car il me semblait que ce devait être là un épouvantable présage, qui toujours, toute ma vie, me porterait malheur...

Et je communiai avec la belle robe brodée de la morte.

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