Je compris que le marquis de Valorsay devait être le prétendant trié pour moi entre tous par M. de Chalusse.
Alors, je m’expliquai son programme matrimonial. C’était comme une affiche à attirer la foule...
Et je fus indignée de ce qu’il m’estimait si vulgaire, que de me laisser éblouir par la grossière fantasmagorie de cette vie de plaisirs stupides qu’il m’avait décrite.
Il m’avait déplu, je le méprisai pour l’avoir vu à genoux devant l’argent de M. de Chalusse. Car il n’y avait pas à se méprendre sur l’ignominie du marché que cachaient ses propos légers: il m’avait offert ma liberté en échange de ma dot. Cela est admis, m’a-t-on dit. Or s’il faisait cela pour une certaine somme, que ferait-il donc pour une somme double ou triple...
Voilà ce que je me disais, me demandant toutefois si je ne m’étais pas trompée.
Mais non. La suite confirma mes premiers soupçons.
Dès le surlendemain, je vis arriver M. de Valorsay; il s’enferma avec le comte et ils restèrent plus de deux heures en conférence.
Étant entrée chez M. de Chalusse après le départ du marquis, je vis sur son bureau tous ses titres de propriétés qu’il lui avait fallu montrer sans doute, l’autre voulant savoir bien au juste combien cela lui rapporterait de se marier.
La semaine suivante, nouvelle conférence. Un notaire y assista cette fois. M. de Valorsay prenait ses sûretés.
Enfin, mes derniers doutes furent levés par Mme Léon, toujours bien informée, grâce à l’habitude qu’elle a d’écouter aux portes.