Il revint s’asseoir dans le cabinet du comte, mais visiblement il était découragé, et il avait retourné en dedans le chaton de sa bague. Ce n’est pas qu’il estimât le problème insoluble, loin de là; seulement il reconnaissait que pour arriver à la vérité, il faudrait beaucoup de temps et des investigations qui n’étaient plus de son ressort...

Une seule espérance immédiate lui restait...

En étudiant les derniers mots écrits et prononcés par M. de Chalusse, ne pénétrerait-il pas l’intention qui les avait dictés?... Lui, dont l’expérience avait aiguisé la sagacité, ne leur découvrirait-il pas un sens qui allumerait une lueur au milieu des ténèbres!...

Il les demanda donc à Mlle Marguerite, et elle lui remit le papier où le comte avait essayé de fixer sa pensée, et une carte où elle-même, sur le moment, avait écrit, dans leur ordre, les dernières paroles du mourant.

En réunissant le tout, le juge de paix obtenait ceci:

«... Toute ma fortune... donne... amis... contre... Marguerite... dépouillée... ta mère... prends garde...»

Ces douze mots incohérents trahissaient les éternelles préoccupations de M. de Chalusse. On y retrouvait le souci de sa fortune et de l’avenir de Marguerite, et aussi la trace de l’effroi ou de l’aversion que lui inspirait la mère de Marguerite.

Mais c’était tout, c’est-à-dire ce n’était rien!...

Le mot: «donne» s’entendait. Il était clair que le comte avait voulu écrire: «Je donne toute ma fortune...» Le mot «dépouillée» se comprenait aussi. Il avait été évidemment arraché au moribond par cette certitude horrible que Marguerite—sa fille sans aucun doute—n’aurait pas une pièce d’or des millions qu’il lui destinait. «Prends garde!» s’expliquait seul.

Mais il était deux mots qui semblaient au juge de paix absolument inexplicables, qu’il cherchait vainement à lier aux autres, qu’il ne pouvait rattacher à aucune idée probable: le mot amis et le mot contre. Et ils se suivaient, sur le papier, ils étaient les plus lisibles...