La conviction du juge de paix était faite.
Pour lui, Pascal Férailleur était coupable.
Cependant, il n’entreprit pas de discuter. D’abord, il sentait bien qu’il ne convaincrait pas Mlle Marguerite; ensuite à quoi bon la convaincre, maintenant que son énergie avait repris le dessus.
Mais il chercha un moyen de connaître les projets de cette infortunée, afin de les combattre s’ils lui semblaient périlleux...
—Peut-être avez-vous raison, mon enfant, concéda-t-il; ce malheur n’en doit pas moins changer toutes vos déterminations...
—En effet, monsieur, il les modifie...
Un peu surpris de son flegme subit, il la regarda.
—Il y a une heure, reprit-elle, j’étais bien résolue à aller trouver Pascal... Je comptais réclamer de lui aide et assistance... fièrement, comme on réclame un droit indéniable ou l’exécution d’une promesse sacrée... tandis que maintenant...
—Eh bien!...
—Je suis toujours décidée à aller à lui, mais ce sera humblement et en suppliante... Et je lui dirai: «Vous souffrez, mais il n’est pas de malheur intolérable, quand on est deux à s’en partager le fardeau, me voici!... Tout va vous manquer, vos amis les plus chers vont vous renier lâchement, me voici! Quoi que vous veuillez faire, quitter l’Europe ou rester à Paris pour épier l’heure de la vengeance, il vous faut un compagnon vaillant et fidèle, un confident de vos desseins, un autre vous-même, me voici!... Femme, amie, sœur, maîtresse, je serai ce que vous voudrez, me voici sans condition.»