Et immédiatement, pour répondre à un mouvement et à une exclamation du vieux juge, elle ajouta avec une expression de candeur et de fermeté extraordinaire:

—Il est malheureux... je suis libre... je l’aime!...

Le juge de paix était pétrifié.

Il sentait bien que ce qu’elle disait, elle le ferait. En elle il avait reconnu une de ces âmes généreuses et fières qu’attire et séduit tout ce qui est héroïque et grand, incapables d’hésitations pusillanimes et d’égoïstes calculs, qui ne composent jamais avec ce qu’elles croient être le devoir et qui ne savent affirmer la passion que par le sacrifice.

—Heureusement, chère demoiselle Marguerite, fit-il, votre dévoûment sera sans aucun doute inutile.

—Pourquoi cela, monsieur?...

—Parce que M. Férailleur vous doit, et qui plus est se doit à lui-même de ne pas l’accepter.

Elle ne comprenait pas, ses regards interrogeaient.

—Pardonnez-moi, reprit le juge, de vous préparer à une douloureuse déception... Coupable ou innocent, M. Férailleur est... déshonoré. A moins d’un miracle, sa vie est perdue, finie... à l’heure qu’il est, il est rayé du barreau... Il est de ces accusations... de ces calomnies, si vous voulez, dont on ne se relève pas... Comment pouvez-vous espérer qu’il consente à unir votre destinée à la sienne!...

Cette objection la frappa. Elle ne l’avait pas prévue, et elle lui parut terrible.