—Je crois me rappeler que plusieurs fois vous avez parlé de lui à M. de Chalusse.
Le général tortillait rageusement sa moustache, comme il lui arrive toutes les fois qu’il est ému et embarrassé...
—Mon fils, reprit-il, a vingt-sept ans, il est lieutenant de hussards et proposé pour le grade de capitaine... au choix, sacrebleu! C’est un beau cavalier qui ira loin, car il a de l’esprit jusqu’à la molette de ses éperons. Comme je ne mâche jamais la vérité, j’avouerai qu’il est un peu dissipé... Mais si la tête est mauvaise, le cœur est bon, mille tonnerres!... Une petite femme bien gentille et bien raisonnable aurait vite converti ce gaillard-là, et il deviendrait la perle des maris...
Il passa le doigt à deux ou trois reprises entre son col et son cou, et d’une voix un peu étranglée il ajouta:
—Mademoiselle Marguerite, j’ai l’honneur de vous demander votre main pour le lieutenant Gustave de Fondège, mon fils.
Un éclair de colère brilla dans les yeux de Mlle Marguerite, et c’est d’un ton plus que froid qu’elle répondit... comme à l’autre:
—Je suis honorée... comme il convient, monsieur, de votre démarche... mais j’ai disposé de mon avenir...
M. de Fondège fut bien dix secondes à recouvrer la parole.
—Allons!... bon!... balbutia-t-il enfin, avec un trouble vraiment extraordinaire, encore une sottise!... Je n’en fais jamais d’autres! Ne devais-je pas, mignonne, respecter votre douleur! Laissez-moi espérer que vous reviendrez sur ce refus... Si cependant Gustave vous déplaît, eh bien! nous chercherons mieux. Le plus vieux camarade de Chalusse ne vous abandonnera pas... Je vous enverrai Mme de Fondège ce soir, c’est une bonne femme, et vous causerez, sacrebleu! vous vous entendrez. Voyons, répondez. Qu’avez-vous?
Cette insistance semblait irriter extrêmement la pauvre fille, et pour en finir: