XIII

Peu de gens se font une idée des successions qui, chaque année, faute d’héritiers pour les recueillir, font retour à l’État.

Le Trésor perçoit ainsi chaque année des sommes considérables.

Et cela se comprend, à une époque où de plus en plus se relâchent les liens de la famille, en un temps où chacun tire de son côté, répudiant la solidarité jadis sacrée du nom et du sang.

Les pères avaient cessé de se voir, les enfants ne se connaissent plus, à la seconde génération on est parfaitement étranger.

Le jeune homme que son humeur aventureuse entraîne loin du pays, la jeune fille qui se marie contre le gré des siens, cessent vite d’exister. Que deviennent-ils? Nul ne s’en inquiète. Sont-ils heureux ou malheureux, nul ne s’en informe, tremblant de provoquer quelque demande de secours.

Oubliés, ces aventureux oublient, et si la fortune leur a souri, ils se gardent bien d’en donner avis à la famille. Pauvres, ils ont été reniés; riches, ils renient. S’étant enrichis seuls et sans aide, ils éprouvent une égoïste satisfaction à dépenser seuls et à leur guise leurs revenus.

Qu’un de ces abandonnés meure, cependant, qu’arrive-t-il? Les domestiques et les gens qui ont entouré son agonie profitent et abusent de son isolement, et c’est quand tout ce qui était prenable a été pris, que le juge de paix présent appose les scellés.

Bientôt la levée de ces scellés est requise par des intéressés, créanciers ou serviteurs, on procède à un inventaire, et après quelques formalités, nul héritier ne se présentant, le tribunal déclare la succession vacante et lui nomme un curateur.

Les fonctions de ce curateur sont simples: il administre la succession et en verse les revenus au Trésor, jusqu’au jour où un jugement la déclare acquise, sauf recours des héritiers qui se présenteraient.