—Que n’ai-je la vingtième partie de ce qui se perd ainsi, s’écriait il y a une vingtaine d’années un homme intelligent, ma fortune serait vite faite.

L’homme qui disait cela se nommait Antoine Vaudoré, et tout Paris l’a connu, car il fut un moment célèbre, lors du procès Riscara, où il joua, lui si fin, un rôle de dupe stupide.

L’idée qui lui était venue à la suite de son exclamation, Vaudoré se garda bien de l’ébruiter.

Six mois durant il la porta dans sa cervelle, l’étudiant, la creusant, l’examinant sous toutes ses faces, en pesant le fort et le faible.

A la fin, il la reconnut bonne à exploiter.

Et cette année même, aidé de quelques capitaux qu’il prit on ne sait où, il créait pour des besoins nouveaux une industrie nouvelle, inconnue et étrange.

Antoine Vaudoré fut le premier dénicheur; ou plutôt, pour employée l’expression consacrée, le premier «pisteur d’héritages.»

Ce métier n’est pas, il s’en faut, métier de fainéant.

Il exige de qui veut l’exercer fructueusement des qualités particulières, des aptitudes spéciales, une activité convulsive, de l’énergie, de la souplesse et de l’audace, beaucoup d’entregent et les connaissances les plus variées.

Le pisteur d’héritages doit avoir la témérité du joueur et le sang-froid du duelliste, le flair et la patience de l’agent de police, les ressources et les ruses de l’avoué le plus retors...