Décrire cette profession et en désarticuler les rouages est plus facile que de l’exercer.
Pour commencer, ce chasseur d’une espèce particulière doit se tenir très au courant des successions vacantes, et il en a connaissance près du tribunal, soit qu’il suive les audiences, soit qu’il tire ses renseignements des greffiers et des huissiers.
Est-il averti qu’un homme vient de mourir sans héritiers connus?...
Vite il se préoccupe de savoir ce qu’il laisse et si le jeu vaut la chandelle.
Lui est-il prouvé que la succession couvrira les frais?... Il commence ses opérations.
Ce qu’il lui faut avant tout et surtout, c’est le nom du défunt; ses prénoms, ses sobriquets s’il en avait, son signalement et son âge. Il est facile de se procurer ces informations. Ce qu’il est plus malaisé de connaître, c’est le lieu de naissance du mort, sa ou ses professions, quels pays il a habités, ses goûts, ses façons de vivre, en un mot tout ce qui constitue une biographie.
Muni de ces éléments indispensables, le pisteur se met en campagne prudemment, car il lui importe de ne pas donner l’éveil.
L’agent de la sûreté suivant l’enquête du crime, ne procède pas avec une plus méticuleuse circonspection, il n’est ni si patient, ni si tenace, ni si ingénieux.
C’est merveille d’étudier l’incomparable adresse que déploie le pisteur pour remonter la vie de l’homme à héritage, consultant ses amis, ses ennemis, ses créanciers ou ses débiteurs, tous ceux qui l’ont connu ou approché, jusqu’à ce qu’enfin il parvienne jusqu’à quelqu’un qui lui réponde:
—Un tel... il était de mon pays... je ne lui ai jamais parlé, mais je suis l’ami d’un de ses frères... d’un de ses oncles... d’un de ses neveux...