Ce qu’il y avait de terrible avec lui, c’est que si on voulait suivre ses conseils on était forcé, sous peine d’une dénonciation, de prendre pour le prix qu’il fixait les valeurs de fantaisie dont il possédait une si belle collection.
Car il agissait en cela comme ces médecins philanthropes qui donnent des consultations gratis, mais qui contraignent leurs malades à se fournir chez eux de remèdes à cent pour cent au-dessus du cours.
Nul brevet d’invention n’assurant l’exploitation exclusive des découvertes de ce genre, M. Fortunat devait être audacieusement imité à une époque où la faillite est presque devenue une opération commerciale comme une autre...
Mais il était encore resté un des maîtres parmi les habiles qui professent sur la place le bel art de faire banqueroute sans danger.
Cependant, le client qui succédait au marchand de charbons était un naïf, qu’amenait simplement une difficulté avec son propriétaire. M. Fortunat l’eut vite expédié, et alors, entrebâillant la porte de ses bureaux, il cria:
—Le caissier!...
Un garçon de trente-cinq ans, dont la mise misérable rappelait celle de Victor Chupin, arriva aussitôt, tenant d’une main un sac et de l’autre un registre.
—Combien a-t-on visité de débiteurs hier?... lui demanda M. Fortunat.
—Deux cent trente-sept, monsieur.
—Quelle est la recette?