Ce n’est pas qu’il procédât par la rigueur, bien au contraire. Il réussissait par la patience, la douceur et la politesse, mais aussi par une ténacité infatigable et désespérante.

Quand il avait décidé qu’un débiteur lui donnerait tant, c’était fini, il ne le lâchait plus. Il le faisait visiter tous les deux jours, suivre, harceler, obséder; il l’entourait de ses employés, il le relançait chez lui, à son bureau ou à son magasin, au café, partout, toujours, à toute heure, incessamment... et toujours avec l’urbanité la plus parfaite...

Si bien que les plus mauvais payeurs et les plus pauvres se lassaient à la fin, la rage les prenait, et pour échapper à cette effroyable obsession, ils trouvaient de l’argent... et comme M. Fortunat acceptait tout, depuis 50 centimes, on le payait.

Outre Victor Chupin, il avait encore cinq employés qui visitaient les débiteurs à la journée. On leur distribuait les courses chaque matin, et chaque soir ils réglaient avec le caissier, qui lui-même rendait les comptes généraux au patron.

Cette petite industrie ajoutait encore aux profits des héritages et des faillites, et c’était la troisième et dernière corde que M. Fortunat eût à son arc...

Donc le pointage se faisait comme chaque jour, mais si le caissier était à sa besogne, le patron n’y était guère.

Il s’arrêtait à chaque minute, prêtant l’oreille aux moindres bruits du dehors.

C’est qu’avant de recevoir le marchand de charbons, il avait parlé à Victor Chupin, et l’avait expédié rue de Courcelles, afin d’avoir par M. Casimir des nouvelles du comte de Chalusse.

Et il y avait plus d’une heure de cela, et Victor Chupin, si prompt d’ordinaire, ne reparaissait pas.

Enfin, il parut... D’un geste, M. Fortunat congédia son caissier, et s’adressant à son commissionnaire: