Il était évident que M. de Valorsay était fort en colère, mais il était manifeste aussi qu’il était résolu à se contenir. Dès qu’il fut seul avec M. Fortunat:

—C’est donc ainsi, maître «Vingt-pour-Cent,» prononça-t-il, que vous trahissez vos amis!... Pourquoi me tromper, hier soir, au sujet des 10,000 francs que vous deviez me remettre, au lieu de me dire la vérité!... Vous saviez hier l’accident de M. de Chalusse... Je ne le sais, moi, que depuis une heure, par une lettre de Mme Léon...

M. Fortunat hésitait un peu.

C’était un homme doux, ennemi des violences, qui ne se résignait à être brave qu’à la dernière extrémité, et il lui semblait que M. de Valorsay tourmentait sa canne d’une inquiétante façon.

—Je l’avoue, monsieur le marquis, répondit-il enfin, je ne me suis pas senti le courage de vous apprendre l’horrible malheur qui nous frappe.

—Comment... nous?

—Dame! si vous perdez... l’espérance de plusieurs millions, moi je perds... la réalité de ce que je vous ai avancé, quarante mille francs, toute ma fortune... Et cependant, vous le voyez, je me résigne. Faites comme moi... Que voulez-vous? C’est une partie perdue.

Le marquis de Valorsay écoutait, rouge, les sourcils froncés, les poings crispés, tout près d’éclater, en apparence, se possédant parfaitement en réalité.

Et la preuve qu’il jouissait du plus beau sang-froid c’est qu’il étudiait anxieusement l’attitude de M. Fortunat, s’efforçant de démêler sous ses vaines paroles ses intentions véritables.

Il s’attendait, en venant, à trouver son «cher Arabe» hors de ses gonds, exaspéré par la perte, jurant et sacrant, réclamant son argent avec des cris d’écorché, et pas du tout, il trouvait l’homme le plus doux, calme, froid, réfléchi, tout confit de résignation et qui prêchait la soumission aux événements.