Cela explique son grand empressement à fouiller les vêtements de M. de Chalusse, quand Mlle Marguerite lui commanda de chercher la clef du secrétaire.
Et il joua de bonheur, car s’il trouva la clef qu’il remit, il rencontra aussi la lettre qu’il chiffonna dans la paume de sa main et glissa fort subtilement dans sa poche.
Dextérité perdue!... M. Casimir eut beau combler les lacunes de cette lettre avec les débris trouvés par lui, il eut beau la lire et la relire en appliquant toute son attention, elle ne le renseigna pas; ou du moins, elle le renseigna si vaguement et si incomplétement que ce lui fut comme un nouvel irritant.
Un moment il eut la pensée de la remettre à Mlle Marguerite, mais il résista à ce premier mouvement en se disant:
—Ah!... mais non!... pas si bête!... Elle lui serait peut-être utile.
Et M. Casimir, qui était un homme fort, ne voulait pas être utile à cette pauvre fille, dont il n’avait jamais reçu que des marques de bonté.
Il la haïssait, sous prétexte qu’elle n’était pas à sa place, qu’on ne savait ni qui elle était ni d’où elle venait et qu’il était bien ridicule qu’il eût, lui, Casimir, à recevoir des ordres d’elle.
L’infâme calomnie que Mlle Marguerite avait recueillie sur son passage: «Voici la maîtresse du riche comte de Chalusse,» était l’œuvre de M. Casimir.
Il avait juré qu’il se vengerait de cette orgueilleuse, et on ne peut savoir ce qu’il eût imaginé sans l’intervention décisive du juge de paix.
Rappelé vertement à l’ordre, M. Casimir se consola de ce camouflet quand le juge lui confia huit mille francs et l’administration provisoire de l’hôtel. Rien ne pouvait lui plaire davantage.