Et quand il avait besoin de renseignements, M. Fortunat invitait M. Casimir à déjeuner, sachant l’influence d’une bonne bouteille offerte à propos, et tout en sirotant le café, sans avoir l’air d’y toucher, il arrivait à ses fins...
C’est dire qu’il soigna le menu, ce jour où d’un mot de plus ou de moins dépendait peut-être la partie qu’il allait jouer...
Et l’œil de M. Casimir étincelait, en prenant place devant une table bien blanche, en face de son amphitryon.
C’est dans un tout petit «salon de société» prenant jour sur le boulevard, que le traiteur avait dressé le couvert.
M. Fortunat lui-même l’avait choisi et désigné. Non qu’il fût plus spacieux que les autres, ni plus confortable, mais il était isolé. C’est un avantage considérable, pour qui sait combien sont indiscrets et perfides les cabinets particuliers séparés par de simples voliges de sapin, aussi minces qu’une feuille de papier.
Il ne devait pas tarder à s’applaudir de sa prévoyance.
Le déjeuner avait commencé par un plat d’escargots, et M. Casimir n’avait pas achevé sa douzaine, arrosée de vin de Chablis, que déjà il déclarait ne voir nul inconvénient à se déboutonner devant un ami...
Les événements de la matinée ayant déjà bouleversé sa cervelle, la vanité et la bonne chère achevaient d’exalter ses facultés, et il discourait avec une verve intarissable.
Oubliant toute prudence, il s’abandonnait, et on pouvait le juger à l’entendre parler du comte de Chalusse et du marquis de Valorsay, et surtout de son ennemie, Mlle Marguerite.
—Car c’est elle, criait-il en tapant son couteau sur la table, c’est elle seule qui a pris les millions disparus. Comment?... c’est ce qu’on ne saura jamais, car elle n’a pas sa pareille pour la malice. Mais elle les a volés, j’en suis sûr, j’en lèverais la main devant la justice, et je le lui aurais prouvé sans cet espèce de juge de paix qui a pris son parti parce qu’elle est jolie... car elle est diantrement jolie la coquine...