—Qui l’arrête?... pensait-il. Pourquoi cette terreur soudaine, maintenant que son frère est mort?... Ne veut elle donc pas confesser publiquement qu’elle est une Chalusse!... Il faudra cependant qu’elle en vienne là, si elle veut recueillir l’héritage du comte... et il faut qu’elle le veuille, pour moi, sinon pour elle...

Pendant un moment encore, le chasseur d’héritages garda le silence, l’esprit tiraillé par les hypothèses les plus contradictoires, jusqu’à ce qu’enfin il lui sembla que Mme d’Argelès se calmait.

—Excusez-moi, madame, commença-t-il alors, de troubler votre douleur si légitime, mais ma conscience m’ordonne de vous rappeler au souvenir de vos intérêts...

Avec la docilité passive des malheureux, elle écarta les mains de son visage tout couvert de larmes, et doucement:

—Je vous écoute, monsieur... soupira-t-elle.

Lui avait eu le temps de préparer son thème.

—Avant tout, madame, reprit-il, je dois vous apprendre que j’étais l’homme de confiance de M. de Chalusse... Je perds en lui un protecteur... Le respect seul m’empêche de dire un ami. Pour moi, il n’avait pas de secrets...

Mme d’Argelès ne comprenait rien à cet exorde sentimental, cela se voyait si clairement que M. Fortunat crut devoir ajouter:

—Si je vous expose cela, madame, c’est moins pour concilier votre bienveillance que pour vous expliquer comment j’ai su tant de choses de votre famille... comment je connaissais votre existence, par exemple, que personne ne soupçonne.

Il s’arrêta, espérant une réponse, un mot, un signe.