—Je pars, dit Pascal à sa mère... Avant deux heures, j’aurai trouvé et garni de meubles d’occasion le modeste appartement où nous nous cacherons. Je sais, à l’autre bout de Paris, un quartier qui nous convient et où, certes, on ne nous cherchera pas.

—Et moi, demanda Mme Férailleur, que ferai-je, pendant ce temps?

—Toi, mère, tu vas te hâter de vendre tout ce que nous possédons ici... Tout, sans en excepter mes livres... Tu réserveras seulement, de notre linge et de nos effets, ce que tu pourras faire tenir dans trois ou quatre malles... Nous devons être épiés... Il importe donc que tout le monde soit bien persuadé que j’ai quitté Paris et que tu me rejoins.

—Et quand tout sera vendu et que mes malles seront prêtes?...

—Alors, chère mère, tu enverras chercher un fiacre, et en y montant tu crieras bien haut au cocher de te conduire au chemin de fer de l’Ouest... Tu y feras descendre tes bagages et tu prieras les employés de les mettre en magasin et de t’en donner un reçu, comme si tu devais ne partir que le lendemain...

—Ainsi ferai-je. Il est clair que si on m’épie on ne soupçonnera pas cette ruse. Mais ensuite?

—Ensuite, mère, tu monteras à la salle du haut, et tu m’y trouveras... Je te conduirai au logement que j’aurai arrêté, et demain, nous enverrons un commissionnaire, avec ton reçu, retirer les bagages...

Mme Férailleur approuvait, s’estimant heureuse, en cet effroyable malheur, que le désespoir n’eût pas brisé les ressorts de l’énergie de son fils.

—Conservons-nous notre nom, Pascal?... demanda-t-elle.

—Oh!... ce serait une impardonnable imprudence.