XVI
Tout à coup, violemment, sans avoir eu le temps d’y accoutumer sa pensée, rompre avec son passé, le déchirer, l’anéantir...
Renoncer volontairement à la vie vécue, pour revenir au point de départ et recommencer une existence nouvelle...
Abandonner tout, situation conquise, labeurs familiers, espérances chèrement caressées, amis, habitudes, relations...
Rompre avec le connu pour s’élancer vers l’inconnu, quitter le certain pour le problème, déserter la lumière pour les ténèbres...
Dépouiller en un mot sa personnalité pour revêtir une personnalité étrangère, devenir un mensonge vivant, changer de nom, de milieu, d’état, de physionomie et de vêtements, cesser d’être soi pour devenir un autre...
Cela exige une résolution et une énergie dont peu d’âmes humaines sont capables.
Les coquins les plus hardis hésitent devant cet étonnant sacrifice, et on en a vu qui attendaient la Justice plutôt que de recourir à cette terrible extrémité.
Voilà pourtant le courage qu’eut Pascal Férailleur, au lendemain du guet-apens inouï qui lui enlevait l’honneur, à lui, le plus honnête des hommes.
Disparaître, fuir en apparence l’injuste réprobation, puis, tapi dans l’ombre, épier l’occasion et l’heure de la réhabilitation et de la vengeance, il ne vit que cela, quand les exhortations de sa mère et les bonnes paroles du baron Trigault lui eurent rendu la lucidité de son intelligence. Entre Mme Férailleur et son fils, tout fut promptement convenu.