Il était digne de Mlle Marguerite, il savait que pas un doute n’effleurerait la foi qu’elle avait en son honneur...

Penchée sur l’épaule de son fils, Mme Férailleur avait lu ce qu’il écrivait.

—Songerais-tu à confier cette lettre à la poste? lui demanda-t-elle. Es-tu sûr, parfaitement sûr qu’elle sera remise à Mlle Marguerite et non à une autre personne qui s’en servirait contre toi?

Pascal secoua la tête.

—Je sais comment m’y prendre pour qu’elle parvienne sûrement, répondit-il. Marguerite m’a dit que si jamais quelque grand danger nous menaçait, elle m’autorisait à envoyer demander la femme de confiance de l’hôtel de Chalusse, Mme Léon, et à lui remettre un mot... Le péril est assez pressant pour que j’use de cette ressource... Je passerai rue de Courcelles; je ferai prévenir Mme Léon et je lui donnerai cette lettre. Es-tu rassurée, chère mère?...

Ayant dit, il se mit à entasser dans une grande caisse tous les dossiers qui lui avaient été confiés. Cette caisse devait être portée à un de ses amis d’autrefois, qui les remettrait à qui de droit.

Il prit ensuite quelques papiers précieux et les valeurs qu’il possédait, et, prêt pour le sacrifice, il parcourut une dernière fois ce modeste appartement de la rue d’Ulm, où le succès avait souri à ses efforts, où il avait été heureux, où il s’était bercé de si beaux rêves d’avenir.

Mais bientôt il sentit que l’attendrissement le gagnait; les larmes lui venaient aux yeux... Il embrassa sa mère et sortit d’un pas précipité.

—Pauvre enfant!... murmura Mme Férailleur. Pauvre Pascal!...

Pauvre femme aussi!... C’était la seconde fois, à vingt ans de distance, qu’elle était foudroyée en plein bonheur... Mais en ce jour, comme au lendemain de la mort de son mari, elle trouvait dans son cœur cette robuste énergie, cette constance héroïque des mères, supérieures à toutes les infortunes.