C’est d’une voix ferme qu’elle commanda à sa femme de ménage de courir chercher un marchand de meubles, le plus proche, n’importe lequel, pourvu qu’il eût de l’argent comptant.

Et, cet homme arrivé, elle fut stoïque pendant qu’elle le promenait dans toutes les pièces.

Dieu sait si elle souffrait, cependant!...

Ceux-là seuls qui ont été réduits à cette extrémité affreuse de vendre ce qu’ils possédaient peuvent juger cette angoisse.

A l’heure fatale où le brocanteur arrive, chaque meuble et jusqu’au dernier bibelot acquièrent aux yeux de leur possesseur une valeur extraordinaire. Il semble qu’il passe quelques gouttes du sang qu’on a dans les veines dans chaque objet qu’on va livrer. Et quand le marchand, de ses grosses mains avides, tourne et retourne chaque chose, on croit ressentir l’affront d’une profanation de soi.

Les riches nés au milieu du luxe qui les environne, ne connaissent pas le plus horrible du supplice.

Celui qui souffre effroyablement, c’est l’homme de la classe moyenne, non le parvenu, mais celui qui était en train de parvenir quand il a trébuché.

Le cœur de celui-là saigne, quand l’inexorable nécessité le sépare de tout ce dont il s’était peu à peu entouré.

C’est qu’il n’est pas un objet qui ne lui rappelle une convoitise, une envie longtemps comprimée, et la joie enfantine de la première possession.

Quel plaisir, le jour où on lui apporta son grand fauteuil!... Combien de fois était-il allé admirer à la montre du marchand, avant de les acheter, ses rideaux de velours!... Son tapis lui représente des mois d’économie!... Et cette jolie pendule... Ah! il avait bien cru qu’elle ne sonnerait que des heures prospères!...