Bientôt le fiacre prit le pas pour monter la pente roide de la rue d’Amsterdam, et il ne tarda pas à s’arrêter devant la gare.

Ponctuelle observatrice des conventions arrêtées, l’héroïque femme fit porter ses malles au quai de la ligne de Londres, déclara qu’elle ne partirait que le lendemain, et reçut d’un employé un bulletin de dépôt.

Une vague inquiétude l’obsédait; elle observait le visage de tous les gens qui passaient, sachant bien que le plus profond mystère seul assurait quelque chance de succès aux desseins de Pascal, et redoutant des espions...

Mais elle ne vit pas une figure suspecte. Seuls, quelques Anglais, ces étranges voyageurs, si sottement prodigues et si ridiculement pingres tout à la fois, marchandaient à grands cris les quatre sous de pourboire d’un pauvre facteur.

A demi rassurée, Mme Férailleur traversa rapidement le grand vestibule de l’Horloge et gravit l’escalier qui conduit à l’immense salle des Pas-Perdus des lignes de banlieue.

C’est dans cette salle que Pascal lui avait donné rendez-vous; mais elle eut beau promener son regard de tous côtés, elle ne l’aperçut pas. Ce retard ne l’inquiéta pas trop. Il n’y avait rien de surprenant à ce que Pascal n’eût pu terminer encore tout ce qu’il avait à faire.

Epuisée de lassitude, elle s’était assise sur un banc, le plus dans l’ombre qu’il lui avait été possible, et elle suivait d’un œil morne la foule incessamment renouvelée, quand un homme, en s’arrêtant brusquement devant elle, la fit tressaillir...

Cet homme, c’était Pascal, cependant... Mais il avait fait couper ses cheveux et sa barbe..

Et ainsi tondu, avec son visage glabre, un foulard brun remplaçant sa cravate de mousseline blanche, il était changé à ce point que sa mère, tout d’abord, ne l’avait point reconnu.

—Eh bien!... demanda Mme Férailleur.