Il était manifeste que Pascal éprouvait à parler de Mlle Marguerite un extrême embarras, presque de la répugnance. Il y a de la dissimulation au fond de toute passion vraie, et les nobles et chastes amours souffrent dans leur pudeur d’écarter les voiles dont ils s’enveloppent.

Ces sentiments, Mme Férailleur était digne de les comprendre. Mais elle était mère, c’est-à-dire jalouse de la tendresse de son fils, et anxieuse de détails sur cette rivale qu’elle voyait tout à coup surgir dans un cœur où elle avait régné seule... Elle était femme aussi, c’est-à-dire défiante et soupçonneuse à l’égard des autres femmes.

Loin donc d’avoir pitié du malaise de Pascal, elle le pressa assez pour qu’il fût obligé de poursuivre:

—J’avais donné cinq francs à mon cocher pour presser ses chevaux, et il marchait grand train, lorsque soudainement, à la hauteur de l’hôtel de Chalusse, il s’opéra dans le mouvement de la voiture un changement étrange...

Je regardai, et je vis qu’elle roulait sur une épaisse couche de paille répandue sur la chaussée...

Ce que je ressentis, je ne saurais l’exprimer... En un moment, je fus trempé d’une sueur glacée... Je crus voir comme aux lueurs d’un éclair, Marguerite à l’agonie... mourant loin de moi, et m’appelant en vain.

Sans attendre l’arrêt de la voiture, je sautai à terre, et j’eus besoin de me faire violence pour ne pas courir demander au concierge de l’hôtel de Chalusse:

—Qui donc se meurt ici?

Un embarras se présentait que je n’avais pas prévu. Pouvais-je aller de ma personne demander Mme Léon? Évidemment non. Qui donc y envoyer? Il n’y avait plus, à l’heure qu’il était, un seul commissionnaire au coin des rues, et pour rien au monde je n’aurais confié cette démarche au garçon de quelque marchand de vin des environs.

Heureusement, mon cocher—le même qui nous conduit—est un brave garçon, et il consentit à se charger de la commission, moyennant que je garderais ses chevaux.